YOJIMBO, La fiche élève

télécharger la fiche élève

SYNOPSIS

Japon, 1860. Sanjuro, un rônin (guerrier sans maître, samouraï errant et au chômage) arrive dans un village où s’affrontent deux clans rivaux. Leurs chefs sont Seibei et Ushitora, tous deux entourés de bandits à leur solde et soutenus par de puissants notables du village, Tazaemon et Tokuemon. Voyant la violence qui règne dans le village, où l’appât du gain règne en maître et où tout le monde semble devenu mauvais, Sanjuro décide de s’y installer pour se faire engager comme garde du corps. En fait, il manoeuvre d’un clan à l’autre et provoque par la ruse une lutte sans merci, en espérant que les adversaires se détruisent mutuellement et que les querelles du village prennent fin. Mais il trouve sur son chemin bien des complications, notamment lorsque revient de voyage Unosuke, le jeune frère d’Ushitora, armé d’un revolver, seule arme à feu dans le village.

DEUX GÉANTS DU CINÉMA JAPONAIS

Quand Kurosawa réalise Yojimbo en 1961, il est déjà l’auteur d’une vingtaine de films et reconnu dans le monde entier. Il commence à tourner pendant la guerre, en 1943, après avoir été tenté par une carrière de peintre. Au cinéma, il renouvelle le film de sabre et d’aventures en signant plusieurs chefs-d’oeuvre, notamment Les Sept Samouraïs (1955). Il alterne des films situés dans un Japon historique (par exemple une adaptation de Shakespeare dans le Japon médiéval, Le Château de l’araignée en 1966), et d’autres situés dans un Japon urbain et contemporain. Dans tous ses films, la dimension humaniste et sociale est importante. Dans son autobiographie, Kurosawa raconte un épisode important de son enfance : alors qu’il n’a que 13 ans, son grand frère Heigo l’emmène voir les ruines et les cadavres après le tremblement de terre de Tokyo de 1923, pour le confronter à la terrible réalité. Il est marqué pour toujours par cette expérience. Le réalisateur a connu les profondes transformations de son pays – la guerre, une modernisation rapide, les débuts de la démocratie – et ne cesse de s’interroger sur la place des individus dans cette société nouvelle et les rapports de transmission entre les générations.

Kurosawa a tourné seize films avec son acteur fétiche, Toshiro Mifune, l’interprète de Sanjuro dans Yojimbo. Entre les deux hommes est née une amitié et une véritable collaboration artistique. Star du cinéma japonais, Mifune apporte à ses personnages un mélange détonnant de sauvagerie, d’humanité et d’humour. Kurosawa s’est beaucoup appuyé sur l’inventivité de Mifune pour bâtir son propre style de mise en scène : « Je n’ai jamais vu chez un acteur japonais un tel sens du tempo. Si je dis une chose, il en comprend dix. Il réagit avec une rapidité extraordinaire aux intentions du metteur en scène. » Kurosawa s’éteint en 1998 à 88 ans, un an après la mort de Mifune.

 

PROLOGUE

Les premiers plans du film montrent le héros marcher de dos, pendant que s’affiche le générique. Ses premières actions à l’écran consistent à s’orienter au hasard à l’aide d’un bâton qu’il lance en l’air et laisse retomber pour lui indiquer une direction. Il croise ensuite sur son chemin deux personnages en pleine dispute, un père et son fils, qu’il observe en retrait. Quand Sanjuro arrive au village où il s’installera pendant toute la durée du film, il n’en sait pas plus que le spectateur. Que nous dit malgré tout cette introduction sur le personnage, et sur ce qu’il a déjà appris ?

1 / Qu’est-ce qui est inattendu dans cette première apparition du héros ? Quelles parties de son corps apparaissent en premier ? Quelle est son apparence, son comportement ? Peut-on dire que l’acteur ne joue que lorsqu’est filmé son visage ?

2 / À quoi voit-on que Sanjuro n’a pas encore de but précis ? Comment est montré l’espace autour de lui ? A-t-on l’impression d’être près d’un village ?

3 / Sur quoi porte la dispute des villageois ? De quelle manière apparaissent-ils à l’écran ? Quelle est l’attitude du héros à ce moment ?

 

AVENTURE ET COMÉDIE

Avant de voir Yojimbo, en découvrant l’affiche du film, le spectateur peut s’attendre à un film d’aventures, avec des combats de sabre. Mais peut-il se douter qu’il assistera aussi à une comédie ? C’est pourtant bien ce qui arrive. Le film de Kurosawa mélange les genres, ce qui est drôle et ce qui ne l’est pas, la violence et le comique. Il brouille même la frontière entre les deux, comme lorsqu’il montre un chien, au début du film, qui porte une main humaine dans sa gueule et passe dans la rue en trottinant, pour venir accueillir le héros dans ce village qu’il ne connaît pas encore. Pour montrer les habitants d’un village qui ne savent plus vivre ensemble, égoïstes, avides de pouvoir ou d’argent, le réalisateur a recours à la satire (qui consiste à présenter de façon ridicule et comique ce qu’on veut dénoncer). Les personnages du film sont des caricatures, ils sont à la fois drôles et inquiétants. Sanjuro lui-même paraît parfois beaucoup s’amuser en observant l’agitation des villageois et en versant de l’huile sur le feu.

Tout comme Yojimbo est un drôle de film d’aventures, l’action du héros est inhabituelle. Sanjuro possède bien une adresse exceptionnelle au sabre et beaucoup d’ingéniosité, mais que dire de ses manoeuvres parmi les villageois ? Le spectateur est invité à partager le point de vue de Sanjuro sur les évènements et les personnages, c’est lui qui guide l’action, même s’il ne la contrôle pas toujours. On ne trouve pas de séquence où le héros n’apparaît pas. Mais c’est aussi lui, Sanjuro, qu’on observe dans le film. Que pense-t-il, que veut-il vraiment ? Est-il bon ou mauvais ? Ses tours, ses inventions sont-elles les bonnes et pour quels résultats ? La complexité de ce héros contraste avec la dimension caricaturale des habitants du village. S’il y a un mystère à percer dans le film, c’est bien lui.

VILLAGE OU PRISON ?

Dans Yojimbo, l’espace devient un personnage à part entière. La rue principale du village est un décor récurrent de l’action. La façon dont on découvre ces lieux est un élément essentiel de la mise en scène du film. Comme il s’agit souvent pour Sanjuro d’observer et analyser ce qui se passe autour de lui, Kurosawa filme de nombreuses scènes vues par l’encadrement de portes ou de fenêtres derrière lesquelles s’épient
les villageois. Plus Sanjuro a la maîtrise des évènements, plus il maîtrise aussi l’espace : il se place en hauteur pour « diriger » une bataille, il saccage une maison pour faire croire qu’elle a été attaquée par des bandits.
Mais l’atmosphère du village est oppressante.
On remarquera le vent qui souffle en permanence dans la rue, ou l’absence de ciel dans les cadres de Kurosawa, qui évite de filmer un horizon extérieur au village. Le village est aussi devenu une prison pour ses habitants. En témoignent tous les lieux fermés, trop petits, trop étroits. Parmi ceux-ci, les cachettes de Sanjuro occupent une place particulière. Le héros emprisonné doit tout à tour se cacher dans un coffre, ramper sous une estrade, puis s’enfuir… dans un cercueil ! Alors qu’on s’attendrait à le voir utiliser tout l’espace autour de lui en défiant ses ennemis au sabre, le samouraï se trouve en bien mauvaise posture, sans possibilité d’agir, littéralement enfermé dans des boîtes. Lui non plus n’échappe pas à logique d’enfermement de la violence, et l’espace qu’il n’a pas su dominer semble se retourner contre lui. Mais il sait aussi l’utiliser pour parvenir à ses fins, au risque de devenir un fantôme, un revenant.

 

L’ANALYSE DE SÉQUENCE             POUR ALLER PLUS LOIN