Créer une association quand on est mineur : quels apports pour le futur ?

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Depuis des années, la Ligue de l’enseignement permet à des jeunes mineurs de vivre une expérience associative grâce à son programme « Junior association ». Une étude menée pour les 20 ans du programme révèle notamment que le passage dans une Junior association est une occasion pour les jeunes de s’émanciper et de développer leur esprit critique. Mais on apprend aussi qu’ils ont tendance à reproduire les schémas du modèle associatif « adulte » et ont du mal à expérimenter de nouvelles formes de gouvernance.

L’étude en question a été réalisée sur la base de questionnaires envoyés à des anciens responsables de Junior association et d’entretiens qualitatifsElle porte sur l’analyse de l’engagement des jeunes pendant et après leur passage dans une Junior association, et a été réalisée par Virginie Poujol, ethnosociologue et directrice du LERIS.

« Un autre espace pour être soi »
L’expérience en Junior association permet d’enclencher le processus d’émancipation. Les jeunes peuvent ainsi sortir des rôles (sociaux…) qui leur ont été assignés et faire leurs propres choix. Ils prennent confiance en eux et en leurs capacités. Monter un projet associatif permet aussi de développer leur esprit critique, de se questionner.

« Plaisir » et « loisirs » sont les maîtres-mots des jeunes lorsqu’ils montent un projet. Mais ils n’ont pas conscience de la valeur de leur engagement, de ce qu’ils apportent aux autres, du service qu’ils rendent… Ils s’en rendent compte seulement lorsqu’ils rencontrent d’autres jeunes, investis comme eux. C’est seulement là qu’ils se sentent appartenir à un collectif, qu’ils mesurent l’utilité de leur projet pour leur territoire.
Ils ne perçoivent pas non plus l’articulation possible entre l’expérience associative et l’école, et n’en parlent pas à leurs enseignants. Ce n’est qu’à partir du bac qu’ils se rendent compte des connaissances et compétences acquises (gestion de projet, mobilisation de ressources…) et du fait qu’ils peuvent les réinvestir dans leurs études ou dans leur emploi.

Reproduction du modèle associatif « adulte »
La Junior association est une forme souple et simplifiée des associations classiques. C’est un champs d’expérimentation où les tentatives et les échecs sont les bienvenus. Pour autant, l’étude montre que les jeunes expérimentent peu dans la façon de gouverner leur association et ont tendance à reproduire les schémas du monde associatif « adulte » (associations loi 1901) en élisant, par exemple, un Bureau (président.e, secrétaire, trésorier.ière).

Lorsqu’ils atteignent leur majorité, les membres des Junior association attachent de l’importance à la transformer en association loi 1901 pour poursuivre leur engagement, ou à transmettre leur projet à d’autres jeunes. Ils évacuent alors l’idée que la « nouvelle génération » pourrait avoir en tête d’autres activités ou un autre projet. Ils reproduisent, là encore, les travers des fonctionnements du monde associatif adulte.

Enfin, une Junior association peut faire le choix d’avoir un accompagnateur local : un adulte engagé, un animateur jeunesse d’une collectivité locale ou d’une association, un élu, un enseignant, un ancien Junior association ou un parent. Même si l’étude ne portait pas sur les accompagnateurs, l’étude révèle que leur posture influence le type de compétences acquises par les jeunes. Certains accompagnateurs vont intervenir sur des aspects très techniques du projet quand d’autres vont davantage laisser les jeunes expérimenter. On apprend également que globalement les parents soutiennent leurs enfants lors de la création d’une Junior association, en particulier les parents ayant déjà des engagements en tant que parent d’élève ou membre d’un club sportif par exemple.

Pour en savoir plus sur les Junior association : https://juniorassociation.org