Claire Leconte : « La semaine des quatre jours n’existe nulle part ailleurs dans le monde »

La chronobiologiste Claire Leconte, professeur émérite de psychologie de l’éducation, travaille depuis plus de trente ans sur l’aménagement des temps de l’enfant. Entretien.

Claire Leconte est professeur émérite de psychologie de l’éducation et chercheur en chronobiologie. (©Le Journal d’Elbeuf)

Les communes se prononcent actuellement sur la semaine à quatre jours ou quatre jours et demi. Est-ce que les municipalités sont les mieux placées pour organiser le temps scolaire ?

Ce ne devrait pas être aux communes de décider cela. Toutefois, il ne faut pas oublier que les municipalités ne font que formuler une proposition à la Dasen (direction académique des services de l’Éducation nationale), qui peut être rejetée.

Le risque de la prise de décision à cet échelon n’est-il pas que d’autres facteurs que l’intérêt de l’enfant soient pris en compte ?

On s’aperçoit dans les consultations qui ont été menées que les adultes, quels qu’ils soient, privilégient souvent leur confort.

En tant que chronobiologiste, quelle est selon vous la semaine idéale pour les enfants ?

Pour moi, le mieux c’est qu’il y a ait le plus de matinées travaillées possible. C’est-à-dire au moins cinq et que de préférence la cinquième soit celle du samedi, plutôt que celle du mercredi. Il faudrait aussi des matinées plus longues et des après-midi plus allégées. La disponibilité cognitive est plus grande le matin. Plus de temps permettrait de mieux travailler ce qui est appris. Je constate d’ailleurs que la semaine des quatre jours n’existe nulle part ailleurs dans le monde.

Dans vos articles et vos conférences, vous parlez de l’importance des rythmes biologiques. Que faut-il faire pour les respecter au mieux ?

La première chose est d’informer les parents. Il faut respecter le sommeil des enfants, qu’ils se couchent tous les jours à la même heure et pas un peu plus tard sous prétexte qu’on n’a pas classe le lendemain. Mieux vaut aussi éviter les écrans environ une heure et demie avant de dormir, afin d’avoir une plus grande qualité de sommeil. Par ailleurs, à l’école il faudrait des moments aménagés, notamment lors de l’accueil le matin pour ceux qui arrivent tôt, avec une transition douce avant le début des cours, puis à midi, un vrai temps de détente et de relaxation. Et pour ceux qui restent tard, mieux vaut laisser du temps libre plutôt que de rajouter des activités aux activités.

Le débat actuel porte sur l’organisation du temps scolaire à la semaine. Ne faudrait-il pas également revoir l’organisation à l’année ?

Bien sûr. Nous sommes le seul pays avec quatre fois deux semaines de vacances, plus des grandes vacances et des jours fériés.

« Rallonger les matinées »

Vous préconisez donc plus de journées d’écoles, mais moins longues.

Cela permettrait de mieux assimiler les apprentissages. L’assimilation se fait moins bien lorsque l’on réduit le nombre de jours travaillés.

Est-ce une bonne idée de consacrer les matinées aux enseignements fondamentaux, comme le français et les maths ?

Déjà, je considère que tous les enseignements sont fondamentaux. Mieux enseigner le français et les maths le matin, mais le fait de rallonger les matinées permettrait de faire autre chose, comme de l’EPS ou de la musique. Cela permettrait d’avoir des alternances pédagogiques. Après avoir sollicité ses capacités cognitives, cela serait bien de faire une activité artistique, pour solliciter sa créativité. Et puis cela permettrait aux enfants de créer des liens entre les différentes matières.

La plupart des communes qui reviendront aux quatre jours mettront fin aux TAP (temps d’activité périscolaire), mis en place avec la réforme Peillon. Quel regard portez-vous sur ces activités ?

Elles n’ont pas partout été fort bien organisées et aménagées. Je comprends que certains veulent les abandonner, mais c’est encore pire de revenir aux quatre jours. Là où il y a eu une certaine ambition, des parcours éducatifs et découvertes ont été mis en place, qui sont bien plus que des simples activités.

Que pensez-vous des nombreux changements dans les rythmes scolaires ces dernières années, qui accompagnent souvent les changements de majorité politique ?

C’est complètement désespérant. Cela fait 38 ans que je suis sur le terrain et on n’arrive jamais à pérenniser quelque chose pour les enfants. Nous sommes le seul pays à se poser cette question. Ailleurs, tout se passe bien depuis plusieurs années et personne ne touche aux rythmes scolaires.