CinéArt – Hommage à Jean Rouch

Dans le cadre de CINE-METZ , La Fédération des Œuvres Laïques de Moselle présente « Hommage à Jean ROUCH (1917-2004), un griot gaulois »

«Ethnographe, cinéaste, inventeur, conteur… Jean Rouch est l’une des plus grandes figures du cinéma français. Il a montré toute la puissance du cinéma dans la connaissance de l’autre, notamment des cultures orales. Ses films ont dévoilé la vie, les traditions et les cultures des peuples d’Afrique, comme on ne les avait jamais vues auparavant. Novateur autant par les moyens techniques que par la place qu’il accordait à la création collective, il est, aux côtés de Flaherty, Vertov, Marker, et avant Depardon et Wiseman, l’un des grands inventeurs de la forme documentaire. Il a ainsi ouvert la voie à de nombreux cinéastes. Son œuvre, riche d’une centaine de titres, mérite d’être découverte ou redécouverte». (Frédérique Bredin, Présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée).

Premier volet :  Vendredi 21 septembre 2018 au KLUB (Place St Jacques – Metz)
Séance présentée et animée par Camille Bui , critique aux Cahiers du Cinéma, docteure en Études cinématographiques

à 18h : Chronique d’un été
(réalisation Jean Rouch et Edgar Morin ,1961, n.b., 86 min)

«Sur l’écran, dans un noir et blanc aux contrastes denses, défilent les visages parlants et les corps mouvants de la petite équipe rassemblée par Rouch et Morin. A la fois auteurs et personnages de leur propre film, ces derniers convoquent à leurs côtés amis, étudiants, ouvriers et gens de cinéma qu’ils entraînent dans une expérience inédite : tenter par le cinéma, de s’interroger ensemble sur «comment vis-tu ?». A partir de cette impulsion première éclosent des paroles singulières, se tissent des dialogues, s’engagent des débats. Nous voilà embarqués dans un film qui paraît à l’écran en même temps qu’il se cherche. Rencontres au hasard des rues, entretiens programmés, têtes-à-têtes intimistes ou dîners collectifs, autant de tentatives d’entrer en relation avec ce qui anime chacun durant cet été 1960 . C’est la liberté nouvelle du cinéma direct naissant, celle de se mouvoir, de plonger dans la vie sociale tel un «cinéaste-scaphandrier», mais aussi de placer la parole partagée au cœur de l’écriture filmique qui innerve en profondeur Chronique d’un été.
(Camille Bui, Le Blog documentaire)

à 20h15 : Moi, un Noir
(1959,n.b., 72 min, Prix Louis Delluc 1959)

Deux jeunes Nigériens ont quitté le Niger pour trouver du travail en Côte d’Ivoire. Ils ont échoué à Treichville, quartier populaire d’Abidjan, déracinés de la civilisation moderne. Le héros (Oumarou Ganda) qui se fait appeler Edouard G. Robinson, en l’honneur du cinéma américain, raconte son histoire. Ses amis ont pris, de la même manière, des pseudonymes (Eddie Constantine, Tarzan, Dorothy Lamour …) destinés à leur forger, symboliquement, une personnalité idéale.                                                                                                                            Après avoir mené des enquêtes sur les migrations au Ghana, Jean Rouch déplace son objet d’étude en Côte d’Ivoire en 1957. Il y rencontre Oumarou Ganda, un jeune Nigérien docker sur le port d’Abidjan, et rapidement l’idée de faire un film ensemble s’impose. Jean Rouch dira plus tard : «Ce qui était important pour moi, c’est que pour la première fois un Africain avait la parole dans un film» .

Deuxième volet : Jeudi 27 septembre 2018 à 18h
au Forum I.R.T.S. de Lorraine
(41, Avenue de la liberté – Le Ban Saint Martin)
Séance présentée par Ciné Art et animée par Deborah Kessler-Bilthauer, ethnologue, cadre de formation à l’IRTS

Les  Maîtres fous
 (1954, couleur, 29 min )

Accra,1954. Des hommes venus du Niger en Gold Coast (devenu Ghana en 1957) pour travailler se réunissent dans un des faubourgs de la ville pour pratiquer le culte des Haouka, sortes de génies modernes. La cérémonie commence par la présentation des nouveaux adeptes, puis est suivie  par une confession publique. Pour se faire pardonner, les fautifs sont sommés de sacrifier poules ou chèvres. Le rituel de possession peut désormais commencer. Lentement, le corps d’un des hommes se met à trembler : un Haouka s’est emparé de lui .D’autres suivent …                                                                                                                                                                                                                                                         «En 1955, de retour à Paris j’ai présenté ce film au Musée de l’homme et il a été violemment rejeté par les ethnologues qui le jugeaient «intolérable» et par des amis africains qui le jugeaient «raciste» … Avec ce film, je brisais beaucoup d’interdits»
(Jean Rouch, propos en 1981).

La Chasse au lion à l’arc
(1965, couleur, 80 min, Lion d’Or du documentaire à la Mostra de Venise 1965)

A  la frontière du Niger, du Mali et de la Haute-Volta (devenue  Burkina Faso en 1984), vivent les derniers Gow,  les derniers chasseurs de lion à l’arc. C’est le « pays de nulle part », où, autour de mares incertaines nomadisent les grands bergers Peuls ou Bella.
Les bœufs et les lions  vivent en contact étrange : les meilleurs pâturages sont justement les brousses à lion, où chaque nuit les fauves disputent aux troupeaux la capture des bêtes les plus faibles. Sélection naturelle qu’un lion bouscule parfois en tuant pour le plaisir de tuer. Alors les bergers font appel aux chasseurs Gow.                                                                                                                                                                                                                                       «… Le tournage s’est déroulé sur sept ans. Chaque année je filmais et l’année suivante je revenais avec le film tourné l’année précédente. C’était un travail collectif, réalisé avec les chasseurs eux-mêmes … Le chasseur connaît le lion ; on connaît son nom, on le suit à la trace, on le repère. C’est à lui que les chasseurs rêvent la nuit ; c’est un peu comme la baleine blanche de Moby Dick» (Jean Rouch, propos  en 1981).